ECOLAB > Ecolab > La carte de végétation du CNRS à l'ère du numérique

La carte de végétation du CNRS à l'ère du numérique

Alors que les cartes géologiques et pédologiques numériques à 1/1 000 000 sont disponibles pour la France depuis la fin des années 1990, il n'existait pas à ce jour l'équivalent en termes de végétation. En effet, la carte de végétation de la France du CNRS à 1/200 000, bien qu'achevée pour tout le territoire au tout début des années 1990, en était restée à l'édition papier, le service du même nom, l’un des ancêtres d’ EcoLab1, ayant cessé son activité en 1992. Les préoccupations actuelles concernant les changements environnementaux globaux, notamment ceux liés au climat et à la pollution atmosphérique, renouvèlent l’intérêt de ce document.

La carte de la végétation du CNRS constitue cependant, pour le territoire français métropolitain, le document cartographique sur la végétation le plus détaillé en termes d’échelle et le plus générique en termes de contenu (séries de végétation et végétation potentielle2).

Les cartographies qui existent au format électronique au niveau national et européen contiennent une information partielle sur la végétation.

Ainsi la numérisation de la carte de végétation du CNRS, pilotée par EcoLab, permet de disposer, sous un format compatible avec les outils modernes de cartographie, d'informations géographiques précises, correspondant à un standard scientifique reconnu (séries de végétation et végétation potentielle) sur la végétation du territoire métropolitain français. De plus ces informations concernent une période antérieure, d’une part, aux données numériques actuellement disponibles et, d’autre part, à la phase d’accélération du réchauffement climatique observé en France depuis les années 1980. L'échelle relativement détaillée et la possibilité d'exploitation sous SIG permettront de développer des traitements et des analyses historiques sur les problématiques actuelles de changements globaux tels que le changement climatique ou la pollution atmosphérique. Ces couvertures sur la végétation viendront compléter les couvertures électroniques qui existent depuis une quinzaine d'années dans les domaines de la géologie et de la pédologie. Outre l’intérêt scientifique et technique, cette numérisation relève aussi de la conservation du patrimoine car certaines feuilles de la carte de végétation du CNRS sont épuisées sous forme papier.

La carte papier et son contenu

La carte de la végétation de la France a été réalisée par un nombre relativement restreint d'auteurs différents sous la supervision du Service de la Carte de Végétation du CNRSà Toulouse. Elle couvre l’ensemble du territoire métropolitain avec 64 feuilles publiées par le CNRS entre 1947 et 1991, accompagnées, pour un tiers d'entre elles, de notices détaillées.

Chaque feuille de cette carte contient plusieurs éléments :

  • la cartesensu strictoà 1/200 000 qui donne les formations végétales (séries de végétation et leurs stades, cultures agricoles) au moment des relevés ;
  • une série de sept cartons à 1/1 250 000 qui donnent des informations complémentaires sur le sol et son usage, l’agriculture, la climatologie, les contraintes agricoles, le relief ainsi que, dans le carton botanique, qui représente la végétation potentielle ;
  • une légende détaillée.

1 - Laboratoire écologie fonctionnelle et environnement, CNRS/ Université Paul Sabatier/ Institut National Polytechnique, Toulouse

2 -Végétation potentielle : végétation que l’on peut espérer rétablir compte tenu des modifications en partie irréversibles qu’a subies le milieu.

La carte de végétation du CNRS a été numérisée sous la responsabilité d’EcoLab en combinant un ensemble de procédures pour reproduire les contours des différentes unités de végétation, les localiser géographiquement (géoréférencement) et harmoniser leur dénomination. Ce travail a permis de produire 11 cartes numériques et deux tables de données qui ont été regroupées au sein de la Base de Données Géographique de la VÉGétation de la France (BDGveg_FR). Cette base comprend donc :

  • une image géoréférencée à 1/200 000 des séries de végétation qui constitue un témoin de la végétation telle qu’elle était dans les années 1940–1990 ;
  • une carte harmonisée à 1/1 000 000 de la végétation potentielle accompagnée d’informations, pour chaque unité de végétation, sur la composition floristique ;
  • une table de donnée, qui peut-être associée à la couverture de la végétation potentielle, décrivant une typologie nationale de la végétation ;
  • six cartes secondaires, sous forme d'images géoréférencées, qui reproduisent les cartons de la carte de végétation du CNRS (sol, utilisation du sol, agriculture, climat, contraintes agricoles, végétation potentielle locale) et dix cartes vectorielles regroupant des informations extraites des cartons botaniques (essences forestières secondaires, répartition des espèces méditerranéennes, niveau de drainage dans les Landes) ;
  • une table de données reprenant les informations sur la réalisation des cartes originales (auteurs, contributeurs, date d’édition, numéro, limites et intitulé des feuilles).

Ce travail de numérisation a permis de moderniser une source d’informations unique sur les milieux naturels français à l’échelle nationale.

Du point de vue des perspectives scientifiques, cette base de données géographique va être utile pour analyser l'impact, sur les milieux naturels, des changements globaux (par exemple climat, pollution atmosphérique, substitution d'essences en contexte sylvicole) à long terme sur une large échelle. La Base de Données Géographiques de la VÉGétation de la France (BDGveg_FR), qui constitue une image de la distribution des grandes formations végétales pour la deuxième moitié du 20esiècle, devrait aussi aider à caractériser la dynamique d'évolution des biomes (par exemple celle des limites des étages de végétation ou de la zone méditerranéenne).

Par ailleurs, à l'image de ce qui a été déjà fait avec des cartes à des échelles moins précises, la couverture de la végétation potentielle peut également être utilisée pour évaluer la sensibilité des écosystèmes aux polluants atmosphériques acides et azotés, et au changement climatique ou pour analyser les changements d'essences forestières. Ces cartes numériques peuvent également être utiles pour définir des plans d’échantillonnage dans le cadre d’études scientifiques.

L’ensemble de ces données numériques est également valorisable d’un point de vue appliqué.

Notamment, elles fournissent des informations pour caractériser le contexte biogéographique et écologique général dans le cadre d'études naturalistes ou de projets d'aménagement du territoire (par exemple pour des typologies de stations forestières, des études d'impacts environnementaux). La carte des séries de végétation peut également constituer une aide à la reconnaissance des groupements végétaux dans des travaux de cartographie par télédétection. D’autre part, ces différentes cartes numériques constituent un support pédagogique attrayant pour illustrer par exemple le concept d’étagement altitudinal ou les relations entre végétation et variables édaphiques ou climatiques.

Ce projet a été réalisé au Laboratoire Ecologie fonctionnelle et environnement et a été financé par l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) dans le cadre des travaux sur les charges critiques en polluants atmosphériques.

Contact : Anne Probst, EcoLab, anne.probstSPAMFILTER@ensat.fr

Références bibliographiques : Sophie Leguédois, Jean-Paul Party, Jean-Luc Dupouey, Thierry Gauquelin, Jean-Claude Gégout, Caroline Lecareux, Vincent Badeau et Anne Probst(2011),« La carte de végétation du CNRS à l'ère du numérique », Cybergeo : European Journal of Geography, Environnement, Nature, Paysage, 2011, document 559, mis en ligne le 27 octobre 2011.DOI : 10.4000/cybergeo.24688

Site Internet : http://cybergeo.revues.org/24688

Afficher le pied de page